J’ai tout quitté, femme et enfants, pour une paire
de gros seins d’une fille plus jeune que moi. Je n’ai
plus d’argent. Je vis dans un studio pourri. Le plafond va
nous tomber sur la tête d’un jour à l’autre.
Je suis dépendant du fantasme que représente ma petite
amie. Rien ne l’arrête dans le sexe. Elle est insatiable.
C’est une jouisseuse invétérée. Elle
ne connaît pas de limite dans les positions sexuelles. Elle
ne m’a jamais dit non. Elle ne m’a jamais dit "pas
ce soir". Une fois que je suis en paix et que je pense
l’avoir calmée elle me défie du regard. Elle
veut encore faire l’amour. Cette fois, je n’en peux
plus. Je suis physiquement incapable de remettre le couvert. Elle
me fait un remake de L’empire des sens. Avec elle je me sens
être un acteur porno. J’aime ça.
Notre relation est sexuelle. Je me demande quel sens elle donne
à notre rencontre. Je ne la questionne pas par peur de créer
un déclic dans un sens ou dans un autre. Je vis en plein
mystère. Bien sûr que ce jeu est excitant. L’absence
de réalisme est tout aussi stressant que le quotidien.
J’ai des rapports sexuels nombreux, je n’ai pas d’engagement
envers cette jeune fille. L’un et l’autre vivons libres
de nous quitter, du moins en apparence. Tout ce que je crois voir
de cette passion sensuelle est peut-être une illusion d’optique.
Est-elle sentimentale ? Je l’ignore. Elle ne semble pas avoir
de passé. Tout ce qui nous préoccupe s’évalue
dans le plaisir sexuel.
Un jour, un peu excédé par son insatisfaction, je
lui ai dit qu’elle était une vraie pute. Elle m’a
répondu que je le disais avec tant de désir qu’elle
en jouissait sur place. Je lui ai demandé si elle aimait
les pâtes au parmesan, elle m’a répondu qu’est
ce que ça pouvait me faire.
Elle me mène par le bout du nez, ou devrais-je dire par le
bout du pénis. J’ai le sentiment d’être
libre de la pénétrer. Ma liberté s’arrête
là. Je ne suis pas libre de mes besoins d’elle et encore
moins libre de croire en quoique ce soit. Je vis dans une relation
vide de sens, apparemment libre, apparemment sans terme de contrat
moral. Jusqu’où peut on vivre ainsi ? Est-ce une vie
que de vivre le plaisir et de ne rien attendre d’une construction
du lendemain. Je me suis marié bien trop jeune. J’ai
eu l’impression d’aller en prison pour un crime que
je n’avais pas commis. Maintenant que personne ne me demande
rien, j’ai l’impression de vivre ma sexualité
et rien d’autre. Si jamais le moindre sentiment affleurait
d’elle, immédiatement je me sentirais en marche vers
une nouvelle prison. De la savoir sans lien avec moi, j’ai
peur qu’elle parte avec un autre qui aimera autant ses seins
que moi.
Notre liberté est passionnante à vivre, celle des
autres est un handicap difficile à surmonter. Je ne trouve
pas de solution de vie satisfaisante. Je passe d’un extrême
à l’autre, le tout dans des sentiments contradictoires.
Je bouge sans rien savoir ce qu’il faut vivre pour trouver
la paix. Le bien vivre n’a pas de définition. Quelle
perte de temps que toutes ces errances ! Quand je pense que j’en
suis là parce que le hasard a mis en face de moi une très
grosse poitrine fabuleusement irrésistible. Et si ma femme
avait eu une forte poitrine aussi, quand nous nous sommes rencontrés,
aurais-je vécu cette aventure avec autant d’intensité
? La vie est drolatique. Elle nous égare. Elle est insatisfaisante
parce que les choses qu’elle nous fait vivre nous complique.
Plus on vit, plus on perd le sens de la vie. Moins l’on vit
moins le goût de vivre subsiste.
Marc
|