Je suis mariée depuis deux mois seulement et je m'aperçois
que je ne connaissais pas mon mari, qui a été mon
concubin depuis six ans.
Je me lève le 31 mai de mon lit, et je vois le téléphone
de mon mari sur le chevet. Curieuse comme toutes les femmes, je
prends le téléphone et je regarde dans les messages.
Messages envoyés le 30 mai à 16 h 09 : "tu
me manques et j'ai envie de toi". J'ai lu le message et
je me suis assise sur mon lit au moins 30 minutes. Tétanisée.
Je suis malade, je ne peux même pas le regarder ; j'ai honte
à sa place, et je me dis aussi que j'ai été
naïve pendant 6 ans. J'ai 26 ans et je regrette d'avoir fait
6 ans de ma vie avec lui. Je suis malade depuis quelques jours,
je ne lui ai rien dit mais il sait que j'ai vu le message. Lui aussi
ne m'a rien dit. Je suis dégoutée et j'ai envie de
vomir chaque fois que j'y pense.
Laure
L'infidélité de votre
mari.
C’est une épreuve à laquelle
vous ne pensiez sans doute pas : le mariage au bout de six ans de
vie commune vous faisait envisager cette union avec une certaine
sérénité, et ceci en toute logique ou en toute
probabilité. Oui mais voilà : logique et probabilité
n’entrent jamais en ligne de compte dans les relations amoureuses.
Vous dites que vous ne connaissez pas votre mari
autant que vous auriez pu le penser... Quand il s’agit de
pulsion, d’attirance, de séduction, voire de sentiments
amoureux, personne ne connaît l’autre quand il se trouve
en proie à ses désirs. D’ailleurs, personne
ne se connaît vraiment lui-même tant qu’il n’a
pas été confronté à la tentation. Il
est facile de théoriser sur la fidélité dans
le couple tant que vous n'êtes pas vous-même confronté
directement au désir pour une autre personne... Que ce soit
des désirs sentimentaux ou exclusivement sexuels, aucun d’entre
nous ne peut être sûr de résister et de se maitriser.
Et si maîtrise il y a, c’est que le désir était
faible…
Vous pouvez donc parfaitement avoir une bonne connaissance
de la personnalité de votre mari, en dehors de cette partie
intime et peu accessible que sont ses pulsions. Vous le connaissez
dans sa vie quotidienne, quand il est en "paix" avec lui-même.
Mais vous ignorez tout de lui quand ses passions le mènent.
Comme vous ignorez certainement ce que vous êtes face à
vos propres passions. Comment vous réagiriez, étant
mariée, face au désir pour un autre homme... à
moins, bien sûr, que vous l'ayez déjà vécu.
Ne dites pas que vous ne le connaissez pas, admettez que, sous l’emprise
de la tentation, il est comme tous les êtres humains…
capable d'oublier la valeur de ses engagements, de ses promesses.
Capable d'oublier que le contrat moral du mariage impose la fidélité.
Vous avez 26 ans, vos six ans de relations intimes
ramènent votre rencontre à l’âge de 20
ans. A vingt ans vous n’étiez pas une femme, mais une
jeune femme avec un cœur énorme, prête à
parler d’amour à celui qui saurait vous conquérir.
Vous avez dû connaître ces moments forts pendant lesquels
on se figure qu’aimer c’est pour la vie. Les années
sont passées, et n’ont fait que confirmer cette hypothèse
"d’éternité". A n’en pas douter,
vous aviez trouvé l’homme de votre vie. Et ultime confirmation
: votre mariage ! Vous avez vécu ces années avec sans
doute un certain confort psychologique sachant que votre vie de
femme prenait une tournure légitime.
Un homme ne se fait pas la même idée
du mariage qu’une femme. Le mariage n’est pas un but,
mais "un cap" à gérer. Le mariage est synonyme
d’une fin : les derniers instants de la vie de jeunesse, de
l’insouciance. L’homme a l’impression de céder
quelque chose dans le mariage alors que la femme pense se réaliser
et aboutir à l’épanouissement.
Votre mari n’a pas dû vivre votre union
comme la signature de son épanouissement. Pourquoi vous trompe-t-il
? La peur de vieillir trop vite, la peur que le mariage ne l’enferme
à jamais dans la monotonie, la peur que le sel de la vie
ne lui échappe au profit d’une vie aseptisée…
ou tout autre "secret". De vos six ans de vie commune,
vous en avez fait une fondation. Il s’est peut être
donné la vision que tout était dit et qu’une
liaison était une petite fantaisie, l’ultime grain
de folie que vous ne lui apportiez plus.
Pourquoi a-t-il accepté l’idée
du mariage alors ? Il n’a pas peut-être pas osé
vous dire que toute la tendresse qu’il vous conservait n’était
plus suffisante pour qu’il se sente vibrer… Qu’importe
ce qu’il pensait alors, c’est peut-être à
cet instant qu’il a été malhonnête, vis-à-vis
de vous, mais aussi vis-à-vis de lui-même. Il a voulu
ménager son confort de vie avec vous et s’aménager
une part de liberté dans une double vie.
Cette femme d’où vient-elle ? La connaissait-il
avant le mariage ? Au risque de vous choquer, cela n’a pas
grande importance. Sa présence montre que l’amour qu’il
vous portait était friable… à son insu ou consciemment,
lui seul pourrait répondre.
Comment vivre maintenant ?
Ce que vous souffrez actuellement, vous le souffrirez
encore un moment. Brutalement, vous êtes passée de
l’état de jeune femme favorisée par l’amour
à celui de femme consciente de la fragilité d’une
relation amoureuse. Ce sont souvent les années qui usent
les sentiments et qui font entrevoir la limite de ceux-ci. Pour
celui qui trompe l'autre, l’infidélité devient
une liberté qui permet de retrouver le sens des passions,
sans porter atteinte à une union qui rassure encore. Vous
n’avez pas vécu cette lente remise en question de la
fidélidé indéfectible dans le mariage.
La souffrance que vous avez actuellement va participer
à votre évolution intérieure. Vous serez tentée
d’être désabusée… Les mois vont
passer, après cette onde de choc qui vous parcourt en ce
moment, et la vérité de vos sentiments envers celui
qui vous a trahi vont apparaître. Vous saurez si vous l’aimez
encore, ou vous admettrez que le rejet de lui a pris le dessus.
Quand votre lucidité va revenir, vous vous battrez dans le
style de comportement qui vous convient : soit pour reconstruire
votre couple, soit pour y mettre un terme.
Depuis quelques jours vous êtes libre ! Ses
actes vous délient de lui. Vous avez donc tous les droits
de vivre votre douleur comme bon vous semble, sans jamais vous soucier
de ce que vous seriez à même de lui faire supporter.
Libre à vous de lui demander des explications, libre à
vous de vous taire, libre à vous de le négliger.
Les explications qu’il serait susceptible de
vous fournir n’auront d'ailleurs que peu de valeur. En général,
un homme minimise l’importance de sa maîtresse dans
sa vie; comme face à sa maîtresse, il minimise l’importance
de son épouse.
Vous allez donc cohabiter avec un homme en qui vous
ne pourrez avoir confiance. Vous allez être souvent déstabilisée
dans l’attente d’un signe de sa part qui vous fera croire
qu’il va racheter sa conduite.
Quittera-t-il sa maîtresse ? Oui si celle-ci
n’était qu’un amusement. Enfin peut-être…
Car si elle a déclaré des sentiments forts, il se
sentira tout aussi embarrassé, comme il a pu l’être
envers vous pour sceller votre mariage. Il se retrouvera avec deux
femmes "sur les bras" avec probablement un certain plaisir,
car les hommes aiment souvent avoir l’ascendant sur plusieurs
femmes à défaut de n’en aimer absolument qu’une
seule. Une maîtresse amoureuse est aussi possessive et pressante
qu’une épouse légitime. Si c’est le cas,
elle mettra la pression pour l’avoir pleinement.
Il n’est pas dit qu’il puisse ou qu’il
ait envie de mettre de l’ordre dans sa vie. Vos comportements
à venir influeront certainement sur sa conduite.
Quand vous vous sentirez capable d’aborder
la situation avec votre mari, exprimez-vous aussi fort que le mal
qu’il vous a fait. Il faut dire les choses telles qu'on les
ressent, Laure. Les petites pudeurs et les non-dits tuent l’amour.
Les états de crise explosent les silences et libèrent
les mots vrais qui dépeignent la profondeur des sentiments.
Si vous parvenez à renouer le contact parce
que vous l’aurez voulu, il vous faudra tenter, avec un certain
détachement, d'analyser si les échanges que vous aurez
avec lui vous satisfont. Si votre mari vous paraît évasif,
peu impliqué, vous devrez en tirer les conclusions qui vous
correspondront alors. Si, au contraire, vous sentez entre vous une
énergie nouvelle, peut-être parviendrez-vous à
connaître l’Amour.
L’amour sans épreuve n’est qu’une
circonstance doucereuse qui ne garantit aucunement la profondeur
d’un sentiment. Un sentiment a besoin de se frotter au pire,
voire même à son extrême opposé, pour
prouver son enracinement. Tout le monde s’aime quand tout
va bien, mais que reste-t-il quand tout va mal ? Vous êtes
dans la tourmente. Vous pensiez vivre le meilleur, vous vivez le
pire. La preuve de l’amour est devant vous Laure, ou peut-être
l’absence de preuve. A vous d’aller en quête de
cette preuve, ou à vous de vous abstenir. Souvent les personnes
victimes d’une infidélité se croient infériorisées.
Certaines au contraire deviennent l’élément
fondateur d’un amour grâce à leur mansuétude
et leur pugnacité à rééquilibrer les
rapports en leur faveur. Ne vous leurrez pas : votre couple a une
faille. La sexualité est rarement étrangère
à ces troubles. Est-ce une cause de cet échec ? Est-ce
une conséquence de quelque chose de plus profond encore ?
A vous de tenter de comprendre et réagir !
Vous pensez en cet instant que le plus répréhensible
est le fait que le corps de votre mari ait pu donner du plaisir
au corps d’une autre femme. Au risque de vous choquer Laure,
sachez que la question de fond n'est pas là, malgré
le dégoût ou la jalousie que cela vous inspire. Le
plus difficile sans doute est devant vous, car pour avancer il vous
faudra trouver la réponse à cette question : avez-vous
envie d’aimer cet homme à nouveau, et jusqu’à
quel point ?
Celui de lui pardonner ?
hOHo
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